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L’État regarde ailleurs pendant que les déplacés survivent dans la boue

Written by on October 21, 2026

Ce mardi 20 octobre, les déplacés installés sur le site du ministère des Travaux publics, à Delmas 33, sont de nouveau descendus dans la rue. Ils réclament ce que tout être humain devrait obtenir sans avoir à le mendier : un minimum de dignité. Livrés à eux-mêmes dans des conditions de vie précaires et inhumaines, ils font face depuis trop longtemps à l’indifférence persistante de l’État.

Les manifestants formulent pourtant une demande claire : un recensement de la part des autorités concernées, notamment l’État haïtien et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ce recensement est la clé qui leur permettrait de retrouver leurs maisons à Solino, d’où la violence des gangs les a chassés. Sans lui, ils restent des invisibles, des familles sans adresse et sans statut, que personne ne compte et que personne ne semble vouloir aider.

Au quotidien, le site est un véritable parcours de survie. Des familles entières s’entassent dans des espaces exigus, sous des abris de fortune qui protègent à peine de la chaleur et de la pluie. L’eau potable manque, les latrines sont insuffisantes, et l’hygiène devient un luxe inaccessible. Les enfants grandissent dans la poussière et la promiscuité, loin de l’école, tandis que les maladies guettent chaque recoin du camp. Se nourrir est devenu un casse-tête pour des gens qui ont tout perdu, y compris leur gagne-pain.

Au-delà du dénuement matériel, c’est un épuisement moral qui ronge les déplacés. Ils évoquent leur frustration, leur colère, parfois la honte d’être réduits à dépendre de la charité. Ils racontent les nuits sans sommeil, l’angoisse de l’insécurité, l’humiliation de voir les promesses se succéder sans jamais se concrétiser. Chaque matin ramène la même question : combien de temps encore faudra-t-il survivre ainsi ? Aucune réponse ne vient, et ce silence pèse plus lourd que la faim.

Du côté des autorités, c’est le vide. Ni l’État ni les organisations censées coordonner l’aide ne se sont présentés avec des réponses concrètes à la hauteur de l’urgence. Les déplacés ont donc fait de la rue leur tribune. Leur mouvement, qui se poursuit ce mardi, se maintiendra jusqu’à nouvel ordre si aucune autorité concernée ne répond à leurs revendications. Cette détermination n’a rien d’un caprice : c’est le dernier recours de gens qui n’ont plus rien à perdre.

À Delmas 33, ce ne sont pas seulement des tentes qui s’alignent, c’est un test de responsabilité pour tout un pays. Rendre leur place à ces familles ne relève ni de la faveur ni de la charité, mais du devoir. Aussi longtemps que les autorités détourneront le regard, chaque jour passé sur ce site sera un aveu d’échec collectif. Et la question restera entière : combien de temps l’État pourra-t-il encore faire semblant de ne pas entendre ?

Bob landers Souffrant


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