Des enfants livrés à la rue par un État absent
Written by BELTVHAITI on October 20, 2026

À Kenscoff, des familles entières ont pris la fuite pour sauver leur peau. Plus de 2 600 personnes ont dû quitter leur foyer, beaucoup pour la deuxième ou la troisième fois. Derrière ces chiffres, il y a des enfants qui ont perdu leur chambre, leur école et leurs repères. Dans un pays où l’autorité publique devrait protéger d’abord les plus faibles, ce sont eux que l’on retrouve en premier sur le bitume.
Cette tragédie n’est pas un accident isolé, c’est le symptôme d’un pouvoir qui ne dirige plus. Un gouvernement qui laisse des zones entières hors de son contrôle renonce, de fait, à sa mission première : garantir la sécurité de ceux qu’il gouverne. Des hommes armés contrôlent environ 70 % de Port-au-Prince, et pourtant les discours officiels continuent de tourner en boucle, comme si les communiqués pouvaient tenir lieu de politique.
Dans les rues, ces enfants vivent dans une précarité totale : pas de toit, pas d’école, pas de soins, pas de repas assurés. Quand un enfant perd l’accès à l’école, est séparé des siens ou a faim, il devient plus vulnérable au recrutement par les groupes armés. Autrement dit, l’abandon d’aujourd’hui fabrique les recrues de demain, et la négligence de l’État nourrit directement la violence qu’il prétend combattre.
La responsabilité de l’État est entière. Il lui revient d’ouvrir des centres d’accueil dignes de ce nom, de garantir l’accès à l’éducation, à la santé et à l’alimentation, et de réunir les enfants avec leurs familles. Près de 1,5 million de personnes sont déplacées dans le pays, dont la moitié sont des enfants, et la réponse reste dérisoire. Les structures de protection de l’enfance sont sous-financées, absentes ou sans coordination. Sauver ces enfants de la rue n’est pas un geste de charité, c’est une obligation constitutionnelle et morale.
À chaque crise, les autorités promettent de rétablir leur autorité « sans faiblesse ni délai ». Pendant ce temps, les enfants de Kenscoff dorment dehors depuis des semaines. Tant que l’État n’aura pas offert à ces enfants un abri, une école et un repas, ses promesses resteront des mots sans valeur. Car l’autorité d’un pouvoir se mesure d’abord à sa capacité de protéger les plus fragiles, et c’est de cette protection que dépend l’avenir du pays.
Bob landers Souffrant